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Le vouvoiement devient la norme dans les écoles du Québec
Les écoliers doivent désormais vouvoyer le personnel de l’école, en utilisant le titre de «madame» ou de «monsieur». Photo prise dans une école primaire de Montréal le jeudi 29 août 2024.
(LA PRESSE CANADIENNE/Christinne Muschi) Alors que les élèves retournent en classe après les vacances des fêtes, ces jours-ci, le vouvoiement devient officiellement la norme dans les écoles primaires et secondaires de la province.
En vertu du Règlement sur les règles de conduite au primaire et au secondaire, les écoliers doivent désormais vouvoyer le personnel de l’école, en utilisant le titre de «madame» ou de «monsieur».
Cette règle s’inscrit dans le cadre d’un plan déposé par le gouvernement caquiste pour renforcer le respect et le civisme dans les écoles.
Certaines écoles imposaient depuis longtemps cette mesure et plusieurs autres, comme le souligne Richard Bergevin, président de la Fédération des syndicats de l’enseignement (FSE-CSQ), l’avaient imposée à la rentrée scolaire.
«Quand la mesure a été décrétée l’année passée par (l’ancien) ministre de l’Éducation Bernard Drainville, plusieurs milieux ont décidé de mettre en application la mesure dès la rentrée scolaire, parce que de changer la façon dont on intervient auprès des élèves en plein milieu d’une année scolaire, c’est un peu bizarre comme procédure.»
Le représentant syndical soutient que les écoles n’ont pas vécu «de grands problèmes» depuis l’application de la règle. Toutefois, «plusieurs enseignants nous ont dit que ce n’était pas appliqué de façon uniforme partout parce qu’il y avait des situations particulières».
Par exemple, «dans les classes d’adaptation scolaire où on doit établir une relation avec l’élève (…), certains élèves ont peut-être plus de difficulté avec l’autorité. Alors, de placer le « vous » peut créer une distance et rendre la relation plus difficile», selon le représentant syndical.
La présidente de l’Association canadienne de linguistique, Julie Auger, croit également qu’il faut faire preuve de prudence avant d’imposer le vouvoiement à des élèves «qui proviennent de milieux familiaux qui sont moins fonctionnels» ou qui ont de graves difficultés d’apprentissage.
«Est-ce qu’on veut imposer, en plus des difficultés, cette distance à l’aide du vouvoiement? Ou est-ce qu’on ne veut pas plutôt essayer de favoriser une relation de proximité qui va aider le personnel scolaire à aider ces enfants-là à s’intégrer et à surmonter les difficultés qu’ils ont déjà?», demande la sociolinguiste qui enseigne à l’Université de Montréal.
Richard Bergevin est d’avis qu’il faut également «prendre le temps d’évaluer si c’est pertinent pour la maternelle ou pour le début du primaire», mais aussi pour les allophones, qui pourraient avoir de la difficulté à comprendre la règle.
Il faut donc, selon le président de la FSE-CSQ, faire preuve de jugement et laisser les professionnels dans les écoles choisir la façon d’appliquer, ou non, cette règle, car «le vouvoiement c’est un outil, ce n’est pas une fin en soi» et l’objectif «est d’avoir une relation respectueuse entre les élèves et les enseignants et les enseignantes».
En langue «innu, ça n’existe pas le vouvoiement. En anglais, ça n’existe pas et en arabe ça n’existe pas. C’est un concept qui est nouveau pour ces enfants-là, qui doivent en plus s’adapter à un nouveau milieu de vie et une nouvelle langue», souligne Julie Auger.
Par contre, «les enfants qui ont l’espagnol, l’italien ou l’allemand comme langue maternelle, eux, pourraient avoir plus de facilité» à appliquer la règle, car ce sont des langues où le vouvoiement est familier, ajoute la professeure de linguistique.
«Souplesse» et «discernement»
Dans leur code de vie, les écoles doivent prévoir des sanctions en cas de non-respect des nouvelles règles par un élève. Celles-ci peuvent notamment inclure l’avertissement, la réflexion écrite, la retenue, la suspension et l’expulsion.
Selon le plan du gouvernement pour renforcer le respect et le civisme dans les écoles, les établissements scolaires doivent fixer leurs sanctions en fonction de la nature, de la gravité, de la fréquence et de la récurrence des manquements, selon une approche graduelle. Elles doivent aussi prévoir la possibilité d’imposer des gestes «réparateurs».
«Mais nous avons entendu, dans différents médias, la ministre de l’Éducation, Sonia LeBel, dire qu’elle souhaite que la règle soit appliquée avec souplesse et discernement» et «on souhaite qu’elle fasse part de cette consigne par écrit pour être sûr qu’il n’y ait pas de confusion dans les milieux scolaires», indique Richard Bergevin.
L’autre mesure phare de ce plan était l’interdiction du cellulaire, qui est entrée en vigueur à la rentrée de l’automne dernier. Plusieurs intervenants consultés récemment par La Presse Canadienne ont dit avoir constaté des effets positifs de l’absence des cellulaires dans les écoles.