Embardée mortelle à Plessisville : la juge Lemire entend les plaidoiries sur la peine

Claude Marquis | 11 juin 2026 | 15:18
Image d'illustration par Despositphotos

La juge Véronique Lemire de la Cour du Québec en chambre de la jeunesse a entendu, jeudi, les plaidoiries sur la peine à infliger au jeune conducteur impliqué dans une embardée survenue à Plessisville en mai 2025 et qui a coûté la vie à un adolescent de 16 ans. 

Les plaidoyers de la Couronne et de la Défense sont diamétralement opposés, mais les deux parties reconnaissent tout de même que l’accusé est un adolescent téméraire qui a fait preuve d’insouciance dans les circonstances.

Pour le Procureur de la Couronne, Me Simon Gélinas, les événements du 31 mai 2025 « sont loin d’être une connerie d’ado et ne sont pas impulsifs. » Il reprend ainsi les termes utilisés par l’accusé lors de son témoignage qui a déclaré que « tout le monde en a fait des conneries. » Il s’était aussi décrit comme un adolescent « impulsif qui aimait l’adrénaline » pour expliquer pourquoi il avait sauté une deuxième fois avec la voiture dans le stationnement du centre communautaire de Plessisville.

Me Gélinas est d’avis que l’accusé n’a pas démontré de « remords authentiques » face aux événements, notamment face à sa conduite dangereuse et face aux conséquences physiques, psychologiques et sociales dont ont souffert les autres jeunes qui prenaient place à bord du véhicule : hospitalisation prolongée, chirurgies, douleurs, cicatrices à vie et scolarisation sur pause.

Le jeune accusé a, plutôt, exprimé de la frustration face au harcèlement, à l’intimidation et à la stigmatisation dont il a lui-même été victime après les événements. Pour la Couronne, cette frustration est injustifiée et vient plutôt placer l’accusé dans une position de victime.

Me Gélinas a également ajouté que même l’entourage de l’accusé semble plutôt minimiser les actes posés par le jeune le soir du 31 mai 2025. Il cite quelques passages d’une lettre écrite par la mère de l’accusé qui estime que son fils « a assez payé » de ses gestes et qui mentionne, elle aussi, le vandalisme et la stigmatisation dont son fils a été victime.

La Couronne réclame une peine sévère, considérée « dans le haut de la fourchette » des peines pour des cas semblables. La Couronne réclame une peine de 30 mois ferme à purger en centre jeunesse, suivi d’un 6 mois de probation. Le permis de conduire de l’accusé serait également révoqué pour une période de cinq ans.

« L’accusé ne s’est jamais positionné en victime »

La Défense n’aborde pas dans le même sens. Me Jean-Philippe Anctil est plutôt d’avis que son client ne s’est jamais positionné en victime dans cette affaire et qu’il a bien collaboré avec les policiers.

Pour Me Anctil, le plaidoyer de culpabilité de l’accusé enregistré tôt dans le processus judiciaire, sa collaboration avec les policiers, sa prise de responsabilités et ses remords qu’il qualifie de « profonds et d’authentiques » sont autant d’exemples que son client reconnaît la portée de ses gestes.

La Défense a également attiré l’attention de la cour sur les déclarations faites par trois jeunes qui prenaient place à bord du véhicule lors de l’accident. Les trois ont mentionné ne pas être en colère et ne pas en vouloir à l’accusé.

Me Anctil n’a pas été très tendre à l’égard de son client. Il reconnaît qu’il est immature, qu’il est impulsif et qu’il carbure à l’adrénaline, mais son client n’est pas un adulte dangereux. L’agente de probation qui a rédigé le rapport présentenciel de l’accusé estime, par ailleurs, qu’il a « manqué de jugement, qu’il possède une connaissance limitée du danger et qu’il a fait preuve d’insouciance prononcée. » Pour la Défense, un jeune immature et téméraire peut tout de même faire preuve de sensibilité à l’égard des proches de la victime. Des tentatives d’assister aux cérémonies funéraires de la victime en sont la preuve.

Me Anctil a également soulevé les épisodes d’idées suicidaires qui ont tenaillé l’accusé suivant les événements, sans oublier de mentionner le sentiment de culpabilité qui l’habite depuis cette soirée fatidique. La Défense a aussi soulevé que l’accusé avait lui-même entamé une thérapie, sans ordonnance de la cour, une preuve de désir de réhabilitation pour Me Anctil.

La Défense a rappelé que les peines infligées aux adolescents se doivent de favoriser la réadaptation et la réinsertion sociale des jeunes accusés. Me Anctil est d’avis que « la société n’a rien à gagner à briser davantage son client. »

Il estime que la peine demandée par la Couronne est « exagérée. » La Défense penche plutôt pour un placement et une surveillance en centre jeunesse pour une période de 12 mois, suivi d’une probation de 12 mois également. La Défense propose de révoquer le permis de conduire de l’accusé pendant trois ans.

La juge Lemire rendra le verdict sur la peine le 16 septembre prochain.