«Ce fut l’honneur d’une vie», dit Pablo Rodriguez au lendemain de sa démission

La Presse Canadienne | 18 décembre 2025 | 11:13
Le chef du Parti libéral du Québec, Pablo Rodriguez, fait une déclaration publique à la suite de sa démission de la direction du parti lors d'une conférence de presse à Montréal, le jeudi 18 décembre 2025. LA PRESSE CANADIENNE/Christinne Muschi

Le chef démissionnaire du Parti libéral du Québec (PLQ), Pablo Rodriguez, reconnaît qu’il était devenu une «distraction» pour son parti, mais affirme avoir «tout donné», ne rien «regretter» et partir «la tête haute».

«Ce fut l’honneur d’une vie d’avoir été choisi par les militants, chef du Parti libéral du Québec», a affirmé M. Rodriguez, jeudi matin, à la permanence du PLQ à Montréal.

Il a tenu un point de presse pour revenir sur sa démission. Il l’avait annoncée mercredi à ses députés, mais n’avait fait aucune déclaration publique.

L’ex-ministre fédéral, élu à la tête du PLQ en juin dernier, était dans l’embarras depuis la mi-novembre, alors que plusieurs allégations sont sorties dans les médias concernant sa campagne à la direction.

Le coup de grâce est finalement survenu mardi, lorsque «Le Journal de Montréal» a allégué qu’une vingtaine de donateurs se seraient fait rembourser leurs contributions de 500 $ lors d’une soirée de financement — une pratique illégale en vertu de la Loi électorale.

En novembre, le média avait également publié des textos suggérant que des sommes d’argent, des «brownies», auraient été versées pour inciter à voter pour Pablo Rodriguez lors de la course à la chefferie libérale.

Bien que légale, cette pratique avait soulevé des questions éthiques. L’Assemblée nationale a depuis adopté une loi pour interdire l’achat de votes lors des courses à la direction.

M. Rodriguez a toujours plaidé qu’il n’était pas au courant et qu’il n’avait rien à se reprocher, mais la pression n’a cessé de s’accroître et les appels à sa démission se sont multipliés.

Jeudi, il a défendu son intégrité et vanté son bilan: «nationalisme économique assumé», «rapprochement» avec les régions, recrutement et «reconstruction» des associations de comtés, remontée dans les sondages, etc.

«J’aurais vraiment voulu mener notre équipe à la victoire lors des prochaines élections. J’y croyais sincèrement. (…) Mais la politique a ce côté qui est fascinant (…) où tout peut basculer en quelques jours, (…) malgré les meilleures intentions», a-t-il déclaré.

Pablo Rodriguez en vient à la conclusion que «le PLQ mérite qu’on parle de lui, pas de moi», à l’aube d’une campagne référendaire où «l’avenir du Canada» sera «en jeu», selon lui.

Il a par ailleurs lancé un appel à l’unité aux libéraux. «On ne peut pas se permettre de commencer une année électorale divisée. (…) Les Québécois méritent un Parti libéral uni qui s’occupe des vraies affaires», a-t-il déclaré.

Entouré de sa conjointe et de sa fille, M. Rodriguez a dit vouloir «maintenant prendre du temps en famille». «Aujourd’hui, ma place est là où elle doit être: auprès des miens», a-t-il évoqué.

Avant de faire le saut en politique provinciale, M. Rodriguez avait été élu à six reprises comme député fédéral sur l’île de Montréal entre 2004 et 2021. Il a notamment été ministre du Patrimoine canadien et des Transports ainsi que lieutenant pour le Québec sous le gouvernement libéral de Justin Trudeau.

M. Rodriguez a mentionné que son désir de servir «ne changera jamais».

«Peu importe ce que l’avenir me réserve, comme je l’ai toujours fait, je vais continuer de choisir le Québec», a-t-il conclu, avant de quitter la salle sans répondre aux questions des journalistes.

Quelques députés libéraux ont salué sur les réseaux sociaux le travail et le discours de départ de M. Rodriguez. Parmi ceux-ci, Virginie Dufour, pour qui la situation «paraît réellement injuste».

«Je comprends ta décision de te retirer pour toi et ta famille, même si elle me déchire profondément le cœur. J’aurais souhaité que l’on laisse retomber la poussière pendant la période des Fêtes et que l’ex-juge Fournier puisse mener son enquête indépendante jusqu’au bout», a écrit la députée de Laval sur la plateforme X.

Le premier ministre François Legault a souhaité à Pablo Rodriguez de «retrouver la sérénité».

À la recherche d’un nouveau chef

À moins d’un an des prochaines élections générales, c’est donc dire que le Parti libéral devra se trouver un nouveau chef rapidement.

L’ancien candidat Karl Blackburn a montré son intérêt à briguer de nouveau la chefferie, tandis que son adversaire Charles Milliard serait toujours en réflexion.

L’ex-cheffe parlementaire Marwah Rizqy, qui a été expulsée du caucus libéral par M. Rodriguez dans la foulée du congédiement de sa cheffe de cabinet, a écarté la possibilité de se lancer dans la course.

Réagissant à la démission de Pablo Rodriguez jeudi, le chef péquiste Paul St-Pierre Plamondon a invité le PLQ à faire une «réelle introspection».

«L’enjeu demeure le même: le PLQ a un sérieux problème de culture politique et organisationnelle. (…) La corruption fait bel et bien toujours partie de ses pratiques», a-t-il lancé sur Facebook.

«Les pratiques douteuses et illégales révélées récemment ne peuvent évidemment pas être l’œuvre d’une seule personne, elle requiert le concours ou l’aveuglement volontaire d’un très grand nombre d’individus dans le PLQ.

«Ce parti a une réelle introspection à faire et il semble qu’après toutes ces années, elle n’ait pas été faite», a-t-il ajouté.