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Québec reporte de cinq ans l’atteinte de sa cible de réduction de GES
Le ministre de l'Environnement du Québec, Bernard Drainville, répond à l'opposition lors de la période de questions à l'Assemblée nationale du Québec, le jeudi 27 novembre 2025. LA PRESSE CANADIENNE/Jacques Boissinot Le gouvernement du Québec a reporté de cinq ans l’atteinte de sa cible de réduction de gaz à effet de serre (GES), dans le but, dit-on, «de protéger l’économie et les emplois». Mais cette décision augmentera les coûts de la décarbonation du Québec, selon le Comité consultatif sur les changements climatiques.
Le ministre de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques, Bernard Drainville, en a fait l’annonce jeudi matin par communiqué.
L’objectif précédent du gouvernement était de réduire ses émissions de GES de 37,5 % sous le niveau de 1990 d’ici 2030. Cette cible a maintenant été fixée à 2035 – ce que le gouvernement qualifie d’«approche équilibrée et responsable».
«Depuis 1990, le Québec a déjà réduit ses émissions de gaz à effet de serre d’environ 20 %. Autrement dit, en 35 ans – de 1990 à 2025 – plus de la moitié de la cible a été atteinte», a soutenu le gouvernement dans un communiqué.
«Maintenir coûte que coûte l’échéance de 2030 signifierait réaliser l’autre moitié du chemin, soit la différence entre 37,5 % et les 20 % déjà atteints, en seulement cinq ans.»
Or, selon le gouvernement Legault, dans le contexte de l’incertitude économique et des droits de douane américains, cela pourrait nuire au Québec.
«Plusieurs partenaires économiques ont récemment reculé en ce qui concerne leurs engagements climatiques, y compris les États-Unis, l’Ontario et la Colombie-Britannique», évoque-t-il.
Québec dit conserver une «cible ambitieuse».
«Maintenir une cible ambitieuse tout en ajustant le calendrier, c’est choisir une approche pragmatique qui protège à la fois l’environnement, notre économie et le gagne-pain des Québécois», a souligné le ministre Drainville.
Ce report «coûtera plus cher» aux Québécois
Selon le Comité consultatif sur les changements climatiques, dont la mission est de conseiller le gouvernement, le report de la cible climatique accroît les risques et les coûts pour le Québec.
Pour les scientifiques qui composent ce comité, «un report de la cible climatique ne diminue pas l’ampleur de l’effort à fournir pour décarboner notre société, il concentre les réductions d’émissions sur une période ultérieure plus courte, ce qui augmente les défis techniques, économiques et sociaux à moyen et à long terme».
Dans un contexte où la cible de réduction de 37,5 % ne serait atteinte qu’en 2035, «atteindre la carboneutralité au plus tard en 2050 – ou dès 2045, comme le recommande le Comité – exigera des réductions d’émissions beaucoup plus abruptes et plus coûteuses».
Ce report de la cible de réduction d’émissions entraîne «un désalignement de la trajectoire québécoise avec l’objectif de l’accord de Paris», qui vise à limiter l’augmentation de la température moyenne mondiale bien en dessous de 2 degrés et, si possible, à 1,5 degré, selon un communiqué publié par le comité.
L’orientation annoncée par le ministre Bernard Drainville «éloigne également le Québec des trajectoires adoptées par plusieurs partenaires économiques avec lesquels il cherche précisément à accroître ses échanges dans un contexte de diversification des marchés».
Le Comité consultatif sur les changements climatiques rappelle que «le Royaume-Uni vise une réduction de ses émissions de 81 % en 2035, l’Union européenne de 90 % en 2040, et que la Californie vise la carboneutralité dès 2045».
L’opposition déplore la décision de Bernard Drainville
Retarder l’atteinte de la cible de cinq ans «représente davantage de l’insouciance que de la prudence» et «c’est encore une fois un recul dangereux de la part d’un gouvernement qui refuse toujours de reconnaître l’urgence climatique», a réagi la libérale Désirée McGraw, porte-parole de l’opposition officielle en matière lutte contre les changements climatiques.
«Il retarde et amplifie l’ampleur de la transition que le Québec devra de toute façon réaliser dans le futur. Ce sont donc nos enfants qui auront l’odieux de faire des choix économiques d’une ampleur jamais vue pour assurer l’habitabilité de notre territoire», a pour sa part indiqué Étienne Grandmont, député de Québec solidaire, dans une déclaration.
Plusieurs organisations environnementales ont condamné la décision de Québec en faisant valoir que la décision allait à l’encontre autant du consensus exprimé lors des consultations de l’Assemblée nationale que des recommandations scientifiques.
«Au printemps dernier, nous avons salué sa défense du marché du carbone qui constitue un pilier de notre politique de lutte aux changements climatiques. Or le recul sur la cible climatique fragilise la base même du marché du carbone et compromet la confiance des acteurs économiques envers la gouvernance climatique du Québec. Il faut corriger d’extrême urgence ce signal incohérent et démobilisant», ont écrit une dizaine de groupes environnementaux, dont la Fondation David Suzuki, le Réseau action climat Canada et Nature Québec, dans un communiqué.
«Ça fait depuis 1987 qu’on nous parle d’équilibre entre économie et environnement avec le principe de développement durable», a déploré le directeur des relations gouvernementales d’Équiterre, Marc-André Viau, en ajoutant, que «l’évolution du climat nous prouve sans aucun doute que cet équilibre est toujours au désavantage de l’environnement».