Décès d’un itinérant par hypothermie : des coupes fédérales font craindre d’autres drames

Claude Marquis | 12 février 2026 | 12:23
(Image d'illustration Depositphotos)

Le corps retrouvé sous une remorque à Sainte-Clotilde-de-Horton, en avril 2025, appartenait à Igor Pierre-Antoine, un homme de 52 ans en situation d’itinérance connue. Selon le rapport du coroner concernant sa mort, M. Pierre-Antoine serait décédé des suites d’une « hypothermie environnementale. »

Le coroner, Me Pierre Bélisle, a été chargé de l’investigation.

L’analyse de la scène, où le corps en putréfaction avancée de M. Pierre-Antoine a été retrouvé, n’a révélé « aucun indice de lutte ou de violence. » Son corps était toujours blotti dans son sac de couchage lorsqu’il a été aperçu par un passant qui était dans le secteur.

Pour le coroner Bélisle, il est « évident » que l’homme s’était construit un abri de fortune sous la remorque avec des murs improvisés en carton pour le protéger du froid de l’hiver.

Selon les témoignages de résidents du secteur qui connaissaient la présence d’au moins deux personnes en situation d’itinérance à Sainte-Clotilde-de-Horton, M. Pierre-Antoine aurait été vu pour la dernière fois à la fin novembre 2024. Le coroner Bélisle indique, dans son rapport, que l’événement s’étant produit « dans une très petite municipalité, on peut penser que si le voisinage ne l’a pas aperçu depuis la fin novembre 2024 [et] en l’absence d’indices contraires » que M. Pierre-Antoine serait décédé plusieurs mois avant la découverte de son corps, soit au début de l’hiver 2024.

Une situation appelée à se répéter

« C’est une situation particulière, c’est certain. C’est bien triste, on ne veut pas perdre personne », a soulevé François Gosselin, directeur général de l’Ensoleilvent, un organisme présent à Victoriaville et à Drummondville qui offre du soutien et de l’hébergement aux personnes en situation d’itinérance.

À la lueur des faits racontés, M. Gosselin se désole d’entendre que la disparition de M. Pierre-Antoine n’ait pas été signalée plus tôt. Igor Pierre-Antoine n’était pas connu de l’Ensoleilvent et de ses intervenants. Selon le rapport du coroner, il ne semblait pas provenir de la région. Il ne connaissait probablement donc pas l’existence même de l’organisme.

« Les gens ont le réflexe de se dire : « Si on ne voit pas les itinérants, ils doivent être ailleurs, tout simplement! » »

François Gosselin, directeur général de l’Ensoleilvent

M. Gosselin est convaincu que ce genre de décès est évitable avec la présence de plus d’intervenants sur le terrain. Le rôle des intervenants est d’aller à la rencontre de cette clientèle vulnérable, de les informer de la présence d’organismes et de centres d’hébergement dans la région et de les rediriger vers les bonnes ressources. Les organismes, eux, font des vérifications lorsqu’un usager manque à l’appel.

« On veut éviter des décès. On veut ramener les gens en sécurité. »

François Gosselin, directeur général de l’Ensoleilvent

La présence de plus d’intervenants auprès des usagers ne se fera pas pour demain, mentionne François Gosselin, qui craint que la situation d’Igor Pierre-Antoine ne se répète l’hiver prochain.

Le gouvernement fédéral mettra fin, le 1er avril 2026, au Plan de réponse communautaire aux campements qui accordait un financement annuel de 25 M$ destiné aux organismes communautaires du Québec.

Pour l’Ensoleilvent, le retrait de ce financement signifie le départ d’un intervenant de terrain et met à risque quatre places à la halte-chaleur de Victoriaville et 16 à celle de Drummondville.

« On a été capable d’éviter le pire, cette année, grâce au financement, mais l’hiver prochain, ça va être quoi? »

François Gosselin, directeur général de l’Ensoleilvent

Les organismes communautaires du Québec estiment que le « soutien personnalisé aux personnes en situation d’itinérance » et le « travail de proximité dans les campements » sont les services les plus menacés par ces coupes gouvernementales. Il s’avère qu’ils sont aussi les services les plus essentiels pour assister adéquatement les personnes vulnérables, selon François Gosselin.

Le directeur général de l’Ensoleilvent lance un cri du cœur, au nom de son organisme et au nom de tous ceux qui œuvrent au soutien des personnes en situation d’itinérance. Il invite le gouvernement à revenir sur sa décision qui met en péril des centaines de refuges d’urgence, des hébergements de transition et du travail de rue pour les plus vulnérables de notre société.