Budget 2026-2027: des mesures ciblées pour aider les plus vulnérables

La Presse Canadienne | 18 mars 2026 | 16:19
LA PRESSE CANADIENNE/Jacques Boissinot

Pris avec un déficit frôlant les 10 milliards $, le ministre des Finances, Eric Girard, a priorisé dans son budget 2026-2027 des aides ciblées pour les Québécois les plus vulnérables.

Pas de baisse d’impôt ni de chèques: plutôt, 2,4 milliards $ sur cinq ans pour améliorer l’accès au logement, l’accompagnement des personnes en situation d’itinérance, le financement des banques alimentaires et l’assistance aux femmes violentées. 

Cette somme doit aussi aider les familles à faire face au coût de la vie, le gouvernement prévoyant convertir 5000 places de garde non subventionnées en places subventionnées à 9,65 $ par jour et maintenir la croissance de la taxe scolaire à 3 %.

Au chapitre du logement, M. Girard débloque une somme de 740 millions $ sur trois ans notamment pour construire 1000 nouvelles unités abordables et rénover le parc de logements existant.

Il a prévu 25 millions $ afin d’assurer la continuité des services en matière d’itinérance, notamment en offrant un accompagnement personnalisé aux personnes en situation d’itinérance et en rehaussant l’offre d’hébergement d’urgence et de transition.

Afin de répondre à la forte demande en aide alimentaire, il accorde 21 millions $ en 2026-2027 à l’organisme Les Banques alimentaires du Québec, puis 40 millions $ sur quatre ans, à partir de 2027-2028, pour l’aider à entreposer, conserver et réfrigérer adéquatement les denrées. 

Par ailleurs, «le nombre de féminicides commis au Québec dans les premiers mois de l’année 2026 démontre l’importance de poursuivre les efforts pour répondre aux besoins des personnes qui sont victimes de violence», peut-on lire dans les documents budgétaires.

À cet égard, le gouvernement prévoit 260 millions $ sur cinq ans notamment pour rehausser le soutien aux maisons d’hébergement pour femmes victimes de violence, renouveler le plan d’action pour la lutte contre l’exploitation sexuelle des mineures et compléter le déploiement du Tribunal spécialisé en matière de violence. 

Le financement des maisons d’hébergement pour femmes violentées atteindra 190 millions $ par année à compter de 2030-2031, ce qui correspond à une hausse d’environ 15 %, selon le gouvernement, qui se targue d’avoir plus que doublé le financement de ces maisons depuis 2019. 

Climat d’incertitude et réserve électorale

Ce huitième budget du ministre Girard, qu’il qualifie de «sobre», «responsable» et «ciblé», survient dans un contexte particulier, alors que le Québec fait face à énormément d’incertitude.

Non seulement la province subit-elle le conflit commercial avec les États-Unis, l’avenir incertain de l’Accord Canada-États-Unis-Mexique (ACEUM) et les conséquences de la guerre israélo-américaine contre l’Iran, mais elle est en pleine course à la chefferie caquiste qui doit élire un nouveau premier ministre le 12 avril. 

D’ailleurs, le budget prévoit une provision pour éventualités totalisant 8 milliards $ sur cinq ans qui pourra être utilisée notamment pour couvrir les dépenses imprévues. 

De ce montant, 2 milliards $ sont mis de côté en 2026-2027: le ministre des Finances a confirmé mercredi que le prochain premier ministre pourra piger dans cette enveloppe pour «faire des annonces» en vue des élections générales.

Il pourra aussi profiter des sommes qui lui sont réservées «de façon explicite» dans la croissance des dépenses des ministères (250 millions $ par année), a indiqué M. Girard. 

Ce «coussin Fréchette-Drainville» est un «fonds électoral», s’est indigné le chef du Parti libéral du Québec, Charles Milliard. De «l’électoralisme primaire», a ajouté la cheffe parlementaire de Québec solidaire, Ruba Ghazal.

Pour le Parti québécois, le budget présenté mercredi est «incohérent» avec la série de promesses faites par les deux candidats à la chefferie, Christine Fréchette et Bernard Drainville.

Fait à noter, Eric Girard maintient le financement pour les sorties scolaires en milieu culturel que le gouvernement voulait couper, une demande de Mme Fréchette.

«Un budget PPP: plate, pauvre et paresseux», a lancé le chef conservateur Éric Duhaime. 

Or, une hausse des droits de douane, l’imposition de tarifs sectoriels additionnels ou un éventuel retrait des États-Unis de l’ACEUM entraîneraient le Québec dans une récession, lit-on dans le budget.

Le ministère des Finances prévient aussi que la guerre en Iran pourrait freiner l’économie, notamment en raison du choc pétrolier, si elle perdurait plus longtemps qu’anticipé. Il fait l’hypothèse que le conflit devrait durer «environ six semaines» et ne prévoit aucune aide aux automobilistes.

Le déficit du Québec pour 2026-2027, après versement au Fonds des générations, s’élève à 8,6 milliards $. Il était de 13,6 milliards $ l’année dernière, mais avait été révisé à 12,4 milliards $ en novembre 2025.

En réponse au déficit annoncé l’année dernière, l’agence de notation Standard & Poor’s (S&P) avait décoté le Québec.

Mercredi, le gouvernement a indiqué qu’il prévoyait toujours atteindre le déficit zéro en 2029-2030, notamment en augmentant «l’efficacité de l’État» et en «optimisant» ses ressources. 

«La sobriété a bien meilleur goût. (…) Je m’attends à ce que ce budget soit extrêmement bien reçu» par les agences de notation, a déclaré M. Girard.


Voici les points saillants du budget présenté mercredi par le ministre des Finances, Eric Girard: 

– Le gouvernement prévoit un déficit de 8,6 milliards $ pour l’année financière 2026-2027, en tenant compte du versement au Fonds des générations (6,3 milliards $ si l’on exclut ce versement). Il s’agit d’une réduction par rapport au déficit de 9,9 milliards $ de 2025-2026 (7,7 milliards $ en excluant le versement).

– Québec vise toujours le retour à l’équilibre budgétaire pour 2029-2030. Le déficit après versement au Fonds des générations devrait ainsi être ramené à 5,7 milliards $ en 2027-2028, puis à 1,5 milliard $ en 2028-2029.

– Québec rehausse de 5 milliards $ sur six ans les investissements en infrastructures, pour porter à 167 milliards $ le Plan québécois des infrastructures (PQI). Le gouvernement dit vouloir cibler les secteurs prioritaires, soit la santé et les services sociaux, l’éducation et l’enseignement supérieur, le transport collectif et le réseau routier. La part des sommes investies qui sera allouée au maintien en bon état des infrastructures existantes passe à 71 %, en hausse par rapport à 65 % dans le PQI précédent.

– Après une faible progression du produit intérieur brut de 0,8 % en 2025, le gouvernement prévoit une croissance de 1,1 % en 2026 et de 1,4 % en 2027. Le ministre Girard estime que la révision de l’accord Canada-États-Unis-Mexique est la menace la plus importante qui pèse sur l’économie québécoise.

– Les dépenses du gouvernement, en incluant le service de la dette, doivent augmenter de 1,5 % en 2026-2027, ce qui représente un coup de frein par rapport à la hausse de 4,3 % de l’année financière précédente.

– Le ministre Girard dit avoir prévu une marge de manœuvre de 250 millions $ pour des engagements ou des mesures que souhaiterait mettre en place le nouveau premier ministre (Christine Fréchette ou Bernard Drainville) qui succédera à François Legault le mois prochain. Le nouveau chef de la Coalition avenir Québec pourrait aussi puiser dans la provision pour éventualités (2 milliards $ pour la présente année financière).

– Le budget prévoit 581,3 millions $ en cinq ans pour le soutien aux PME, dont 365,1 millions $ pour les entreprises et les communautés forestières. Le secteur forestier est présentement confronté à des droits de douane de 45 % de la part des États-Unis.

– Le gouvernement entend consacrer 119 millions $ sur cinq ans pour le maintien du financement de la culture à l’école et aux sorties scolaires en milieu culturel.

– Le gouvernement entend consacrer 280,4 millions $ sur cinq ans pour soutenir le secteur audiovisuel québécois, dont 12,2 millions $ pour ajuster le crédit d’impôt pour la production cinématographique ou télévisuelle.

– Québec prévoit 40,2 millions $ sur cinq ans pour la mise en place d’un Crédit d’impôt remboursable pour les médias d’information québécois (CMIQ), qui viendra remplacer le crédit d’impôt déjà en place pour ce secteur. Le CMIQ vise à soutenir la presse d’information écrite, la télévision généraliste privée, la radio commerciale ainsi que les agences de presse.