La baisse des prix de l’essence fait ralentir l’inflation à 2,8 % en juin

La Presse Canadienne | 20 juillet 2026 | 09:02
Les prix de l'essence se sont accrus à un rythme plus lent d'une année à l'autre en juin, ce qui a contribué au ralentissement de l'inflation. Photo prise à Montréal le 4 mars 2022. (LA PRESSE CANADIENNE/Graham Hughes)

La baisse des prix de l’essence a été le principal facteur à l’origine du recul de l’inflation en juin, mais les économistes qui ont analysé lundi les dernières données sur les prix trouvent des signes encore plus encourageants dans les détails du rapport de Statistique Canada.

L’inflation a ralenti pour s’établir à 2,8 % en juin, en baisse par rapport au pic récent de 3,2 % atteint en mai et légèrement en deçà des prévisions de la plupart des économistes.

L’agence a mis en avant une baisse de 10 % du prix de l’essence d’un mois sur l’autre pour expliquer ce recul.

Les prix de l’essence ont bondi au printemps, principalement en raison du conflit au Moyen-Orient, mais un accord de paix provisoire entre les États-Unis et l’Iran a allégé la pression sur les cours mondiaux du pétrole pendant le mois de juin.

Certains consommateurs pourraient considérer le ralentissement de l’inflation globale comme une vieille nouvelle, car la reprise des hostilités entre les deux pays a de nouveau fait grimper les prix à la pompe ces dernières semaines.

«Les prix de l’énergie étaient encore nettement plus élevés qu’en juin de l’année dernière et ont continué à grimper depuis, avec la recrudescence des tensions au Moyen-Orient», indique Nathan Janzen, économiste en chef adjoint à la Banque Royale du Canada.

Si l’on exclut les prix de l’essence, l’inflation est restée inchangée par rapport à mai, à 2,2 %.

Un taux directeur inchangé

La Banque du Canada a maintenu son taux directeur inchangé toute l’année, attendant de voir si la flambée des prix de l’énergie liée à la guerre en Iran se répercutait sur d’autres composantes du panier de consommation.

Les données de Statistique Canada montrent que la moyenne des indicateurs d’inflation sous-jacente privilégiés par la banque centrale a reculé parallèlement au taux global en juin et est tombée sous la cible de 2 % pour la première fois depuis décembre 2020.

M. Janzen indique que les données mensuelles sur l’inflation pouvaient être volatiles, mais que cette baisse est «significative». Il ajoute que les chiffres de l’inflation de juin confirment ce qu’a déclaré la banque centrale lors de sa décision sur les taux la semaine dernière: les répercussions de la hausse des prix de l’essence sont pour l’instant limitées.

Leslie Preston, économiste principale à la Banque TD, explique lundi dans une note adressée à ses clients que la hausse des prix de l’essence en juillet signifie que la baisse observée en juin ne se reproduira probablement pas, mais elle estime néanmoins que l’inflation a atteint son pic pour 2026.

Mme Preston affirme que l’inflation au Canada est «modérée» à l’heure actuelle. Il est clair que la faiblesse de la demande dans l’économie pèse sur l’inflation et empêche les entreprises d’augmenter leurs prix, ajoute-t-elle.

«Le rapport sur l’inflation de juin renforce notre opinion selon laquelle la Banque du Canada peut rester en retrait pendant un certain temps», complète Mme Preston.

Des hausses variables

Les hausses de prix dans les supermarchés se sont également modérées pour s’établir à 3,9 % en juin, contre 4,3 % en mai.

Les consommateurs ont vu les prix des fruits frais augmenter à un rythme plus lent en juin, en raison de la baisse des coûts des raisins, selon Statistique Canada. Mais les hausses de prix se sont accélérées pour le poulet frais ou surgelé, certains produits de boulangerie et les préparations alimentaires surgelées, compensant ainsi ces ralentissements.

Par ailleurs, les matchs de la Coupe du monde de la FIFA à Toronto et à Vancouver ont entraîné une flambée des coûts des services liés aux voyages, tels que l’hébergement et la location de voitures, en juin. Par rapport à l’année précédente, le coût de l’hébergement des voyageurs a augmenté d’environ 20 % en Ontario et en Colombie-Britannique le mois dernier.

Les coûts du transport aérien ont également bondi de 9,6 % comparativement à l’année précédente, enregistrant leur plus forte hausse depuis plus de trois ans. Statistique Canada explique que cette hausse était due à l’augmentation des coûts du kérosène et à une demande plus forte pour les voyages intérieurs.

Ali Jaffery, économiste en chef chez KPMG, dit dans une note qu’il s’attend à ce que l’inflation globale se maintienne autour de 3 % pendant encore quelque temps, la baisse observée en juin à la pompe n’offrant qu’un «répit temporaire».

Il ajoute qu’on observe un «ralentissement considérable» dans le reste du panier de consommation, hormis la Coupe du monde qui a fait grimper les prix des services de voyage.

«La Banque du Canada peut s’en accommoder tant que les anticipations d’inflation restent maîtrisables, ce qui devrait être le cas selon nous, les entreprises absorbant la majeure partie des hausses de coûts compte tenu de la marge de manœuvre dont dispose actuellement l’économie», précise M. Jaffery.

M. Janzen indique quant à lui que, malgré ces nouvelles positives sur le front de l’inflation, les prix restent élevés, en particulier à la pompe et à l’épicerie.

Une inflation sous-jacente modérée

La bonne nouvelle, c’est que l’inflation sous-jacente restant modérée, la Banque du Canada n’a pas besoin d’intervenir pour ralentir l’économie par des hausses de taux.

«Ce n’est pas une grande consolation lorsque vous faites le plein à la station-service, mais cela permet à la Banque du Canada de se montrer plus patiente, dans la mesure où elle n’a pas besoin d’alourdir ces coûts par des taux d’intérêt plus élevés», affirme M. Janzen.

Il souligne que d’autres indicateurs économiques laissent entrevoir une reprise: le taux de chômage a baissé et l’activité économique repart à la hausse. Mais cela ne signifie en aucun cas que l’économie est solide.

La Banque Royale s’attend à ce que la prochaine modification des taux d’intérêt par la Banque du Canada n’intervienne pas avant que la croissance ne commence à s’accélérer, courant 2027. Même dans ce cas, M. Janzen précise que quelques hausses ne serviraient qu’à normaliser le taux directeur de la banque centrale, en le portant à un niveau où il ne favorise ni n’entrave la croissance.

Selon LSEG Data & Analytics, les marchés financiers estiment à plus de 90 % lundi midi la probabilité que la Banque du Canada maintienne ses taux inchangés lors de sa prochaine décision, le 2 septembre.