Exploitation sexuelle | Les gangs de rue de Montréal viennent recruter à Victoriaville

Alors que l’offre sexuelle sur le web a explosé à Montréal en raison du Grand Prix qui se déroule en fin de semaine, un phénomène continue de prendre de l’ampleur dans notre région et qui est peu connue de la population centricoise : l’exploitation sexuelle des mineurs. 

« Les gangs de rue de Montréal viennent recruter à Victoriaville », assure la  coordonnatrice du projet de prévention et d’intervention de l’exploitation sexuelle des jeunes au Centre-du-Québec, Bianca Boudreau. 

La directrice clinique de Répit jeunesse à Victoriaville, Lauriane Provost, a fait savoir que l’exploitation sexuelle des mineures est un sujet, dont les intervenants discutent davantage lors de leurs réunions puisque les adolescents qu’ils rencontrent leur en parlent plus.  

Lieutenant coordonnateur aux communications de la Sûreté du Québec, Benoit Richard, abonde dans le même sens. 

« On remarque de l’exploitation sexuelle partout au Québec et ce n’est pas seulement dans les grandes villes », dit-il.

« Est-ce qu’on voit des jeunes des régions aller vers les grands centres pour vendre leur corps ? Oui, ça l’arrive », ajoute-t-il.

M. Richard a également ajouté que les arrestations en lien avec l’exploitation sexuelle sont très peu médiatisées par respect pour les victimes.

Grande banalisation de l’exploitation sexuelle

Les intervenants du milieu constatent une banalisation de la sexualité chez les adolescents et certains ne dénoncent pas cette situation, soit par peur des représailles ou qu’ils ne réalisent pas qu’ils en subissent.

« L’exploitation sexuelle n’est pas seulement un pimp qui va exploiter une adolescente, ça peut aussi être une jeune femme qui a des rapports sexuels dans un party en échange de drogue »,  a expliqué Mme Boudreau.

Cette dernière a mentionné que les jeunes comprennent le sexe avant l’amour en raison de la pornographie qui est très accessible.

« Ça peut parfois être une femme qui aura des relations sexuelles avec son propriétaire, car elle ne pourra pas payer son loyer », cite Mme Provost.

L’aide financière est là

En avril dernier, le gouvernement du Québec a accordé 53 700 $ à Répit jeunesse pour lutter contre l’exploitation sexuelle des jeunes. 

Ce montant provenait du Programme de prévention et d’intervention en matière d’exploitation sexuelle des jeunes.

Celui-ci vise à prévenir et à contrer l’exploitation sexuelle des jeunes à risque ou qui en ont été victimes. Il vise notamment à accroître la capacité d’intervention des milieux en matière de lutte à l’exploitation sexuelle et à améliorer les connaissances sur les caractéristiques des victimes.

La coordonnatrice du projet de prévention et d’intervention de l’exploitation sexuelle des jeunes au Centre-du-Québec, Bianca Boudreau, a souligné que le gouvernement du Québec avait fait beaucoup dans les dernières années pour lutter contre l’exploitation sexuelle.

« Le ministère de la Sécurité publique lit nos rapports et ne prend pas ça à la légère », soutient Mme Boudreau.

Des solutions, et vite

Mme Boudreau reconnait qu’il s’agit d’un sujet très tabou et qu’il est encore difficile d’en parler publiquement.

Or, elle souligne qu’en parler aide à rendre ce sujet moins tabou.

« Il y a une incompréhension d’en parler, confie-t-elle. Toutefois, c’est un sujet qui dérange de moins en moins. »

« Nous croyons qu’il est urgent d’avoir des intervenants formés sur la problématique de l’exploitation sexuelle pour qu’ainsi, un filet de sécurité puisse être construit autour des jeunes », peut-on lire dans le Portrait de l’exploitation sexuelle des jeunes 12-25 ans – Centre-du-Québec qui a été publié en 2020.

« Nous croyons également qu’il est de mise de développer des outils de prévention tels que dépliants ou des affiches de messages ‘‘chocs’’ qui pourront être utilisés dans les écoles et organismes communautaires. »

Ce document suggère également de ramener les cours d’éducation sexuelle dans les écoles afin de mieux sensibiliser les jeunes sur le sujet. 

À ce sujet, le député d’Arthabaska, Eric Lefebvre, a rappelé qu’il est maintenant écrit dans la loi que chaque école doit avoir un plan pour lutter contre l’intimidation et la violence sexuelle.

Et que le gouvernement a rendu obligatoire que chaque enseignant suive 30 heures de formation, dont un nombre préétablit au sujet de la violence sexuelle.

Une trentaine d’amendements ont d’ailleurs été formulés afin qu’une dénonciation de violence sexuelle à l’école puisse se rendre directement au Protecteur de l’élève régional afin d’accélérer le traitement.

De plus, il est maintenant possible pour chaque école, à leur demande, d’obtenir la visite d’un agent de prévention.

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