« Le public venait pour voir Guy Lafleur »

Jean Sawyer a été la première personne dans le monde du hockey à faire la promotion de tout le talent de Guy Lafleur. Et, comme il le dit lui-même, c’était facile de le faire. 

À l’été 1969, M. Sawyer a joint les rangs des Remparts de Québec comme « publiciste ». Aujourd’hui, ce travail porte le titre de « directeur marketing ». 

C’est cette même année que la Ligue de hockey junior majeure du Québec est née.

Onze équipes formaient ce nouveau circuit, dont les Royals de Cornwall, les Rangers de Drummondville et d’autres clubs, dont les Remparts de Québec et un certain Guy Lafleur.

Lafleur avait brillé avec les As juniors de Québec de la Ligue junior A de 1966-1967 à 1968-1969 avec une récolte de 161 points en 100 parties. 

Pour la campagne 1969-1970, le jeune attaquant de Thurso était prêt à se joindre aux Remparts.

M. Sawyer se souvient qu’aucun média n’accompagnait le club sur la route.

« C’était moi qui devais appeler les journalistes après les rencontres pour leur dire comment avait été notre match. Et, le nom de Guy Lafleur revenait continuellement », raconte l’homme de 81 ans.

Au début de la saison, les foules du Colisée de Québec tournaient autour de quelque 5 000 spectateurs. 

Après les Fêtes, ils étaient souvent près de 10 000.

« Le public venait pour voir Guy Lafleur », dit sans hésiter l’octogénaire. 

« Si Jean Béliveau a bâti le Colisée, Guy Lafleur l’a fait revivre », ajoute-t-il avec nostalgie. 

Populaire même chez l’ennemi

Lors des matchs sur la route, Guy Lafleur était aussi très populaire. 

Il n’était pas rare que l’autobus des Remparts devait quitter très tard après les rencontres puisque plusieurs personnes attendaient la jeune sensation du club pour lui demander son autographe. 

Et pourtant, il était un joueur du camp « ennemi ». 

« Guy n’a jamais refusé de signer un autographe. Jamais », tranche M. Sawyer. 

Ce dernier se souvient que les propriétaires des autres équipes étaient contents lorsque les Remparts étaient en ville. 

« Johnny Rougeau était propriétaire du National de Rosemont et il disait ‘‘ Je suis dans le rouge financièrement, mais lorsque Lafleur vient jouer ici, je suis dans le bleu’’», raconte Jean Sawyer. 

Sa vie c’était le hockey

L’octogénaire a connu celui qui allait se faire appeler le Démon blond alors qu’il n’avait que 18 ans. 

« Sa vie c’était le hockey et il était toujours le premier arrivé à l’aréna pour les entraînements ou les matchs. Il y était une heure à l’avance si ce n’était pas deux heures ! », lance-t-il à la blague. 

M. Sawyer se souvient que l’organisation n’a jamais eu de problème avec lui.

Un soir, l’équipe jouait à Cornwall et le numéro 4 voulait se rendre à Thurso, sa ville natale pour y passer la nuit. 

Thurso n’était qu’à 86 km de là. 

« L’entraîneur Maurice Fillion lui avait donné la permission en lui disant qu’il devait être au Colisée dès 9 h le lendemain pour l’entraînement », raconte M. Sawyer.

Sa ville natale était à 392 km de la Vieille Capitale. 

« Le lendemain, Guy était le premier à l’aréna et Maurice lui a fait un clin d’oeil lorsqu’il est sauté sur la glace, heureux de voir qu’il avait respecté sa promesse d’y être. »

À sa première saison avec les Remparts, Lafleur a totalisé 170 points en 56 rencontres.

À sa seconde saison, sa production avait été de 209 points en 62 rencontres. 

Un rôle important

Jean Sawyer n’a pas côtoyé régulièrement Guy Lafleur au cours des cinq dernières décennies, mais les deux hommes se sont croisés lors de nombreux événements. 

« On était toujours contents de se voir et il est resté la même personne que j’ai connue », dit celui qui est impliqué avec le l’Académie de boxe olympique KO96 à Victoriaville, dont il s’occupe des communiqués de presse. 

« Guy a joué un rôle important dans ma vie et dans celle de ma famille », dit avec émotion M. Sawyer qui doit, en quelque sorte, ses premières armes en communication aux exploits du célèbre numéro 10 des Canadiens de Montréal.

« Lorsqu’au début de ta carrière, tu racontes les exploits de Guy Lafleur, tu ne peux qu’en retirer des dividendes », conclut celui dont un trophée porte son nom dans la LHJMQ, remis au meilleur directeur marketing.