Embardée mortelle à Plessisville : les proches livrent des témoignages douloureux

Claude Marquis | 14 mai 2026 | 12:49
Palais de justice de Victoriaville. (Crédit photo monvicto.com)

L’émotion était vive mercredi au palais de justice de Victoriaville, alors que débutaient les observations sur la peine dans le dossier du jeune conducteur impliqué dans une embardée survenue à Plessisville en mai 2025 et qui a coûté la vie à un adolescent de 16 ans. Les représentations ont commencé avec la présentation de vidéos captés lors de la soirée du 31 mai 2025 et les témoignages percutants des proches de la victime.

La salle d’audience du palais de justice était pleine à craquer pour cette comparution qui s’est déroulée devant la juge Véronique Lemire de la Cour du Québec en chambre de la jeunesse.

Le procureur de la Couronne, Me Simon Gélinas, a commencé l’audience avec la présentation de vidéos captés par les caméras de surveillance du centre communautaire de Plessisville, là où le fatidique événement s’est déroulé. Les caméras ont capté la scène de l’accident qui, lorsque présentée en cour, a suscité de fortes réactions dans la salle : des gens ont éclaté en sanglots, dont l’accusé, d’autres sont sortis.

À la vue des vidéos, on comprend que le jeune accusé a d’abord réalisé un premier saut avant de vouloir retenter l’expérience. « On n’r’fait ça tantôt, » peut-on entendre dans le vidéo présenté en salle de cour. Le deuxième saut s’avérera, toutefois, mortel. Dans cette affaire, la Couronne tente de démonter le côté « planifié » et non, impulsif, du jump.

Les témoignages ont commencé avec une des jeunes qui prenaient place à bord du véhicule au moment de l’accident. Rappelons qu’ils étaient six, au total, à l’intérieur : le conducteur, le passager avant, trois personnes sur la banquette arrière et une sixième dans le coffre. Les trois personnes sur la banquette arrière ont toutes subi de graves blessures : poumons perforés, doigts, vertèbres et côtes cassés, blessures et chirurgies à la mâchoire, dommages aux dents.

Ils ont tous écrit une lettre qui a été lue devant la cour. La majorité des jeunes impliqués, qui sont des amis de la victime et de l’accusé, ont mentionné ne pas en vouloir à l’accusé croyant qu’il payait déjà cher de ses gestes.

« Je ne pourrai jamais pardonner l’accusé »

La famille de la victime a, quant à elle, eu plus de difficulté à démontrer de l’empathie envers le jeune accusé. La mort du jeune a été une véritable onde de choc pour ses parents et sa fratrie.

La mère du jeune a été la première à prendre la parole devant la cour. Son récit douloureux et émotif témoigne d’une famille brisée et choquée qui peine à se relever. Un an après les événements, elle est toujours en arrêt de travail et prend de la médication quotidienne pour dormir et fonctionner. « Rien ne m’apaise, la douleur est lourde », a-t-elle lancé entre deux sanglots profonds.

Ses enfants, tout comme elle, sont fatigués et épuisés. « Une partie de moi est partie avec lui, » a souligné une jeune sœur de la victime. « Ça m’a changé, » a dit son frère. Ces adolescents sont brisés, ils manquent de motivation, de sommeil et ils ont de la difficulté à être des adolescents normaux.

Le récit du père a été bouleversant. La mémoire de son fils et lui rendre hommage ont fait en sorte qu’il est passé à travers son été 2025, mais l’approche de l’été 2026, sans plans, sans motivation, sans son fils, lui fait peur. « J’étais fier d’avoir quatre enfants, » a-t-il lancé avant de poursuivre avec un long silence.

La famille de la victime a trouvé que l’accusé a « manqué de compassion et d’empathie » dans les mois qui ont suivi l’événement. Alors qu’ils vivaient toujours un deuil immense, ils ont déploré que l’accusé « semblait vivre sa vie normalement. »

Une tentative d’assister aux funérailles n’a notamment pas passé auprès de la famille de la victime qui avait demandé de ne pas avoir de contact avec celle de l’accusé. Ils ont également pointé du doigt que l’accusé a continué de s’adonner à des courses automobiles après l’accident, ce qu’ils ont jugé « irrespectueux » dans les circonstances.

Il a été précisé, plus tard dans l’audience, que le permis de conduire de l’accusé a été confisqué par la cour après la saison estivale.

« Je m’excuse du plus profond de mon coeur »

Les audiences se sont poursuivies avec les déclarations de l’accusé et de sa famille.

L’accusé a cassé lorsque son avocat, Me Jean-Philippe Anctil, lui a demandé de détailler sa relation avec la victime. « Je n’ai pas de frère… » a-t-il dit, ne poursuivant pas plus loin. Ils étaient des « meilleurs amis… même plus » depuis quelque temps, ils partageaient plusieurs passions, ils ont fait l’école ensemble.

Le jeune accusé a admis avoir eu de la difficulté à réaliser ce qui s’était passé le soir du 31 mai 2025. Il a entamé une thérapie, il est toujours suivi par un psychologue et il souhaite continuer sa thérapie.

Dans la foulée des événements, le jeune a mentionné avoir reçu des menaces de mort. L’école qu’il fréquentait au moment des faits a également refusé qu’il participe à son propre bal de finissants. Dans une petite communauté, il s’est rapidement fait reconnaître dans la rue comme « le conducteur de Plessis. »

En réponse aux proches de la victime, le jeune accusé a mentionné qu’il « n’avait jamais voulu manquer de respect à la famille de la victime aux funérailles. » Il voulait simplement assister aux funérailles « parce que la victime était son meilleur ami. » Il s’est adressé très rapidement à la famille qui prenait place derrière lui pour offrir ses excuses : « Je m’excuse du plus profond de mon cœur. » Visiblement très émotif, il n’a pas parlé très longtemps.

Sa mère, qui était présente en salle de cour, a aussi pris un moment pour écrire une lettre. Dans son récit, elle parle d’un adolescent blessé et isolé au regard triste qui s’est fait rejeter par certains amis. Elle a soulevé avoir peur de le laisser seul, par moment, par « crainte qu’il s’enlève la vie. » Elle a terminé en s’adressant à la famille de la victime pour leur faire savoir que « sa porte serait toujours ouverte. »

Le dossier sera de retour en cour le 11 juin prochain pour le début des plaidoiries de chaque partie.