Action collective contre le pasteur Claude Guillot : les victimes seront indemnisées

Claude Marquis | 10 septembre 2026 | 11:58
Palais de justice de Québec. (Crédit photo Benjamin Aubert - Arsenal Media)

Après des années de procédures judiciaires, le verdict dans le procès de l’action collective intentée contre l’ancien pasteur Claude Guillot et trois institutions religieuses québécoises est finalement tombé : les victimes seront indemnisées, mais recevront moins que leur demande initiale.

La juge Nancy Bonsaint, de la Cour supérieure, a rendu sa décision mardi au palais de justice de Québec.

Les deux demandeurs dans cette affaire, identifiés comme M.L. et JO, réclamaient 2 M$ chacun à M. Guillot et aux trois institutions visées. Ils obtiendront finalement un total de 1,4 M$ en compensation pour pertes financières et dommages moraux. Des sommes punitives supplémentaires doivent se rajouter éventuellement.

Rappelons que les trois institutions visées par cette action collective étaient l’Église Évangélique Baptiste de Québec-Est, l’Église Baptiste Évangélique de Victoriaville et l’Association d’Églises Baptistes Évangéliques au Québec. Les trois organisations étaient accusées, par les demandeurs, d’avoir été informées, très tôt, des abus perpétrés par le pasteur Guillot, mais sans le dénoncer.

Cette action collective avait été déposée en parallèle d’une poursuite au criminel intentée contre M. Guillot. L’ancien pasteur a été reconnu coupable, en 2022, de 18 chefs d’accusation pour des sévices sur des enfants.

En novembre 2025, la Commission des libérations conditionnelles du Canada (CLCC) avait refusé les demandes de semi-liberté et de liberté conditionnelle pré-libératoire du pasteur soulignant que l’accusé « ne présentait ni remords ni empathie et qu’il se déresponsabilisait complètement de ses gestes et de leurs conséquences. »

Des victimes qui seront toutes indemnisées

L’action collective présentée à la cour comprenait les demandes de deux groupes, représentés par M.L. et JO, qui ont subi les sévices de Claude Guillot à différentes périodes, entre 1982 et 2015.

Un premier groupe, représenté par M.L., incluait les personnes qui ont été victimes d’abus entre 1982 et 1984 alors que M. Guillot enseignait à l’école La Bonne Semence, à Victoriaville.

Le second groupe, représenté par JO, comprenait, quant à lui, les gens qui ont été victimes d’abus entre 2000 et 2015, alors qu’ils fréquentaient l’école « clandestine » tenue par Claude Guillot. L’école « clandestine » était en fait la résidence de M. Guillot, à Québec, où il faisait l’école à la maison à plusieurs jeunes.

Malgré que plusieurs personnes étaient représentés dans le cadre de cette action collective, ce sont M.L. et JO qui seront indemnisés dans l’immédiat. La Cour a cependant déclaré que les membres des deux groupes sont « en droit d’être indemnisés également pour dommages pécuniaires et non-pécuniaires ainsi que dommages et intérêts punitifs. » Ils devront, toutefois, présenter des réclamations individuelles.

Au terme du procès, qui s’est étiré du 17 novembre au 19 décembre 2025, la juge Bonsaint a d’abord condamné M. Guillot ainsi que l’Église Baptiste Évangélique de Victoriaville à payer à M.L. un montant de 50 000$ en dommages pour « la douleur, la souffrance, l’angoisse, la perte d’estime de soi, la honte et l’humiliation » subies lorsqu’il était sous la gouverne de M. Guillot. Les deux défendeurs devront également lui verser la somme de 487 202$ en pertes financières.

Dans un second cas, la Cour a également retenu la responsabilité de Claude Guillot et de l’Église Évangélique de Québec-Est pour les sévices subis par JO et son groupe. M. Guillot et l’institution religieuse devront verser un total de 863 297$ à JO pour pertes financières et préjudices moraux.

Claude Guillot devra payer des dommages et intérêts punitifs aux deux demandeurs et à tous les membres des groupes représentés.

Une partie défenderesse exclue

La Cour a exclue de son jugement l’Association d’Églises Baptistes Évangéliques au Québec, associée aux requêtes du groupe de JO. Dans sa décision, la juge Bonsaint souligne que « la preuve révèle que le conseil d’administration de l’Association n’avait aucune connaissance de « l’Académie » [école clandestine de Claude Guillot] et du fait que des enfants avaient été accueillis et résidaient chez Guillot et qu’ils y subissaient des abus. »

Il est également stipulé, dans le document, « qu’aucun élément ne permet de conclure que le conseil d’administration de l’Association a été informé des agissements reprochés par Guillot à l’égard du [second groupe]. »

En conséquence, le recours est rejeté à l’égard de l’Association.