Le portrait des bibliothèques publiques fait état d’un manque criant de personnel

La Presse Canadienne | 20 octobre 2026 | 08:47
Une personne marche près de la Grande bibliothèque de Montréal, le 24 janvier 2007. LA PRESSE CANADIENNE/Paul Chiasson Paul Chiasson

Les bibliothèques publiques du Québec manquent cruellement de personnel.

Le cinquième portrait des investissements dans les bibliothèques publiques québécoises, qui dresse l’état de la situation dans ces institutions à travers la province, soulève de nombreux problèmes ainsi que des réussites, mais la question des ressources humaines est particulièrement préoccupante.

Ainsi, sur le plan global, le calcul de l’ensemble des indicateurs livre une note de 68 % pour 2025, soit exactement le même résultat qu’en 2024, mais quand même une hausse par rapport à la note de 64 % obtenue en 2022. La directrice générale de l’Association des bibliothèques publiques du Québec, Ève Lagacé, qualifie cette note de passage de préoccupante: «Malgré les efforts consentis, les investissements stagnent et plusieurs besoins demeurent importants, particulièrement en matière de ressources humaines. Nos bibliothèques sont des services publics essentiels à la vitalité de nos communautés. Pour qu’elles puissent pleinement jouer leur rôle, il faut maintenant accélérer les investissements et leur donner les moyens d’offrir, partout au Québec, les services de qualité auxquels la population est en droit de s’attendre.»

Disparités régionales

La note globale cache par ailleurs des disparités régionales marquées alors que les régions centrales de Montréal et Québec et leur périphérie (Laval, Laurentides, Lanaudière, Montérégie et Chaudière-Appalaches) affichent une note de 71 % et 70 % respectivement, comparativement à 65 % dans les régions intermédiaires (Mauricie, Estrie, Outaouais, Centre-du-Québec) et 64 % dans les régions éloignées (Bas-Saint-Laurent, Saguenay-Lac-Saint-Jean, Abitibi-Témiscamingue, Côte-Nord, Nord-du-Québec, Gaspésie-Îles-de-la-Madeleine).

La présidente du réseau BIBLIO du Québec, Julie Blais, note à cet effet que «derrière les résultats du Portrait se trouvent des réalités très différentes d’une communauté à l’autre. Peu importe la taille d’une municipalité, sa population devrait pouvoir compter sur une bibliothèque bien soutenue, avec des collections riches et des services accessibles.»

Ces notes sont basées sur des indicateurs d’excellence établis par le Programme BiblioQUALITÉ et montrent la distance à franchir pour atteindre l’excellence dans chaque catégorie. Ces catégories sont les dépenses d’acquisition, les heures d’ouverture, la superficie adéquate, les ressources humaines et le nombre de places assises.

Déficit de 3140 employés

La note en matière de ressources humaines, qui est de 31 % en 2025, tourne autour de 30 % depuis cinq ans. Le portrait nous apprend qu’il manquait, l’an dernier, 806 techniciens en documentation, 504 bibliothécaires et 1830 autres employés, soit un total de 3140 personnes, pour atteindre ce que le portrait qualifie, dans toutes les catégories, de «niveau d’excellence permettant des services de qualité auprès des citoyens et citoyennes».

Dans le cas des autres employés, la note est de 46 %, mais elle chute à 20 % dans les cas des techniciens et à seulement 12 % pour les bibliothécaires. Le travail souvent méconnu des techniciens et techniciennes en documentation comprend le traitement documentaire, l’animation d’activités et le soutien à la recherche documentaire, entre autres. Dans le cas des bibliothécaires, celles-ci – l’écrasante majorité étant des femmes – sont responsables de la gestion de la bibliothèque, du soutien à la recherche documentaire et de la programmation culturelle, notamment.

Déficit d’achat de plus de 800 000 livres

La catégorie des acquisitions soulève également des inquiétudes, puisque la note a chuté brutalement de 84 % qu’elle était en 2022, à 62 % aujourd’hui. «Au Québec, en 2025, il aurait fallu acheter 823 582 livres imprimés de plus dans les bibliothèques publiques pour atteindre le niveau d’excellence afin d’offrir des collections vivantes et en bon état aux citoyennes et citoyens», peut-on lire dans le document de 64 pages.

Quant aux autres catégories, la note pour les heures d’ouverture atteint 57 %, en hausse par rapport aux 54 % de 2022, mais on évalue que les bibliothèques publiques auraient dû être ouvertes 7588 heures de plus pour atteindre l’excellence, et on devine que les problèmes de personnel sont grandement responsables de cette situation.

La catégorie de la superficie obtient une note de 66 %, le Portrait expliquant qu’il faudrait 171 895 mètres carrés de plus dans les bibliothèques publiques pour garantir l’espace nécessaire pour loger les collections, avoir assez de places assises et permettre une circulation fluide des utilisateurs. Et pourtant, malgré tout, le nombre de places assises obtient quand même une note de 82 %, même s’il en manque un peu plus de 12 500 selon le Portrait.

Pas de frais d’abonnement ou de retard

Du côté des bonnes nouvelles, on note que 99,5 % des bibliothèques offrent un abonnement gratuit et que 88,4 % d’entre elles n’exigent plus de frais de retard. Le Québec se classe par ailleurs au premier rang parmi les provinces comparables en termes de points de service, avec 1,24 point de service par 10 000 habitants comparativement à 0,79 en Ontario, 0,79 en Alberta et 0,48 en Colombie-Britannique.

Le Portrait doit cependant se rabattre sur les données de 2023 pour dresser un état de situation, données qui font état de 1034 bibliothèques publiques au Québec. On y apprend aussi que 96,7 % des Québécois ont accès à une bibliothèque publique. Une donnée révélatrice se trouve du côté des 3,3 % de Québécois n’ayant pas accès à une bibliothèque publique, ceux-ci étant répartis dans 266 municipalités, ce qui démontre à quel point les municipalités éloignées et les toutes petites municipalités ont du mal à offrir un tel service.