Le budget vise à «changer le modèle de croissance du Canada», selon Champagne

La Presse Canadienne | 2 novembre 2026 | 13:49
Le ministre fédéral des Finances, François-Philippe Champagne, prend la parole lors d’un déjeuner du Canadian Club à Toronto, le lundi 2 novembre 2026. LA PRESSE CANADIENNE/Frank Gunn

Le ministre des Finances, François-Philippe Champagne, a soutenu que le budget fédéral qu’il présentera plus tard cette semaine vise à «transformer le modèle de croissance du Canada».

M. Champagne s’est exprimé lundi matin lors d’un déjeuner organisé au Canadian Club de Toronto afin de donner aux chefs d’entreprise un aperçu du budget fédéral de jeudi.

Ce budget – le deuxième présenté sous la gouverne du premier ministre Mark Carney – devrait soutenir la volonté du gouvernement libéral de réduire la dépendance du Canada envers les États-Unis en renforçant l’économie intérieure.

«Parce que le monde change rapidement, l’incertitude commerciale frappe directement nos travailleurs. Elle frappe aussi nos entreprises et certainement nos communautés. Mais devant l’adversité, le Canada doit faire ce qu’il a toujours fait. Le Canada a toujours su s’adapter, et faire preuve d’ambition et de bâtir», a déclaré le ministre.

Lors d’une discussion informelle qui a suivi son allocution, M. Champagne a été interrogé par le journaliste de la CBC, Peter Armstrong, sur la façon dont les plans de dépenses d’Ottawa pourraient être influencés par les signes d’une dynamique nouvelle dans les relations commerciales avec les États-Unis. Le ministre des Finances a éludé la question.

«Ce n’est pas à propos d’eux, a soutenu le ministre. Il s’agit de nous, de retrouver notre capacité à bâtir.»

Dans son discours, M. Champagne a souligné que le gouvernement se concentre sur l’amélioration de la productivité – qui stagne depuis des années dans de nombreux secteurs de l’économie – et sur la stimulation de l’investissement privé.

Il a ajouté que les Canadiens tireraient profit des investissements dans la croissance économique, sous la forme de revenus plus élevés et de biens et services plus abordables.

«Nous avons une économie forte, nous avons une situation financière solide et nous avons le bon plan pour bâtir sur ces forces et livrer des résultats très concrets pour les Canadiens», a-t-il soutenu. 

Un budget pour les PME

M. Champagne a reconnu que la complexité du régime fiscal constitue l’un des obstacles à l’investissement, particulièrement pour les petites entreprises canadiennes.

«Nous avions tout un éventail de mesures ciblées, parfois complexes pour les petites et moyennes entreprises, à moins de disposer d’un conseiller fiscal pour déterminer la meilleure marche à suivre», a-t-il expliqué à M. Armstrong.

«Je pense que ce budget marquera une étape vers la résolution de certains problèmes, visant à simplifier les choses et à alléger le quotidien des petites et moyennes entreprises. Je crois que, jeudi, les représentants des petites entreprises se reconnaîtront dans ce budget.»

La Fédération canadienne de l’entreprise indépendante (FCEI) a appelé Ottawa à profiter du budget du 5 novembre pour réduire le taux d’imposition des petites entreprises et combler les lacunes du régime fédéral d’allègement tarifaire qui excluent les plus petites entreprises.

«Très peu d’entreprises se situent près du seuil (donnant droit au taux fédéral d’imposition des PME), et celles qui s’en approchent n’y restent généralement pas d’une année à l’autre. Elles ont même souvent tendance à accélérer leurs investissements plutôt qu’à les retarder», a écrit Simon Gaudreault, économiste en chef et vice-président de la recherche à la FCEI, dans un communiqué publié le 29 octobre.

«Les vrais obstacles à la croissance sont plutôt le fardeau fiscal global, la lourde réglementation, l’accès au financement et les conditions économiques. C’est pourquoi une réduction du taux d’imposition des PME est capitale.»

«Il est temps qu’Ottawa baisse le taux d’impôt des PME afin d’encourager l’entrepreneuriat», a aussi souligné Jasmin Guénette, vice-président des Affaires nationales à la FCEI.

Le ministre n’a pas souhaité donner d’exemples précis des mesures que le gouvernement fédéral compte proposer dans le budget de jeudi. Il a toutefois laissé entendre qu’Ottawa envisageait d’apporter d’autres modifications au Programme de la recherche scientifique et du développement expérimental, qui incite les entreprises à investir dans leurs propres capacités pour développer des technologies innovantes.

La «mégadéduction» pour la productivité, un pilier

L’une des mesures phares prévues dans le prochain budget est la «mégadéduction» pour la productivité, annoncée par le gouvernement en septembre et présentée comme un pilier de sa politique d’investissement. Son coût est estimé à 36 milliards $ sur cinq ans.

Ce programme permet aux entreprises de déduire immédiatement, dès la première année, la valeur totale d’un investissement en capital admissible, plutôt que de l’étaler sur toute la durée de vie du bien.

Selon le gouvernement, ce report de la charge fiscale incitera les entreprises à investir davantage dans des technologies et des équipements susceptibles d’accroître la productivité des travailleurs.

M. Champagne a précisé que cette «mégadéduction» ne s’adresse pas uniquement aux grandes entreprises qui lancent des projets d’envergure nationale, comme la construction d’oléoducs. Il a souligné qu’elle pourrait tout aussi bien aider un café local à acquérir une nouvelle machine à café, par exemple.

«C’est un signal envoyé par notre gouvernement aux Canadiens: utilisez vos capitaux ici même, au Canada; investissez dans de nouvelles machines et technologies; développez vos entreprises et soutenez une économie canadienne qui favorise l’épanouissement des travailleurs et des innovateurs», a-t-il expliqué.

Le ministre des Finances n’a pas répondu directement lorsqu’on lui a demandé si le prochain budget fournirait davantage de détails sur un fonds souverain envisagé ou sur une proposition visant à ouvrir les aéroports canadiens aux investissements privés.

Le gouvernement libéral s’est fixé l’objectif ambitieux d’attirer 1000 milliards $ d’investissements privés au cours des cinq prochaines années. Depuis l’entrée en fonction de Mark Carney, le cadre budgétaire fédéral s’est nettement détourné des dépenses publiques courantes pour s’orienter vers un programme axé sur les investissements, qui donne la priorité aux infrastructures et à d’autres projets de développement national.