Des propriétaires immobiliers de Victoriaville ciblés par un reportage de Radio-Canada
Le complexe de la rue Pigeon à Victoriaville acquis par Sébastien Gagnon de chez Cité Immobilier. (Photo tirée du site web de Cité Immobilier) Consternation, vendredi matin à Victoriaville, suite à la diffusion d’un reportage de l’équipe d’Enquête, sur les ondes de Radio-Canada, qui a exposé les pratiques de propriétaires d’immeubles locatifs qui ciblent des logements à loyers modiques et leurs locataires vulnérables pour faire un coup d’argent rapidement.
La consternation est d’autant plus vive que deux promoteurs de Victoriaville ont été ciblés dans ce reportage : Sébastien Gagnon, de chez Cité Immobilier et Pierrick Lapointe, de chez Pella Immobilier.


Selon les informations de Radio-Canada, ces propriétaires stratégiques visent spécifiquement l’achat de multiplex où les loyers sont plus bas « que le marché ». Ils vont alors procéder à augmenter, de manière souvent faramineuse et exagérée, les loyers des locataires présents.
MM. Gagnon et Lapointe sont propriétaires de multiplex situés, respectivement, sur les rues Pigeon et Michel à Victoriaville, des quartiers où les loyers sont bas et où les locataires, souvent âgés et vulnérables, y résident depuis plusieurs dizaines d’années.
Sébastien Gagnon a acquis 36 portes sur la rue Pigeon à l’automne 2025. Radio-Canada, qui a été à la rencontre de plusieurs locataires du secteur, rapporte qu’il est allé cogner à la porte de chacun d’entre eux pour leur faire signer un nouveau bail qui comprenait une augmentation de 51%. En moyenne, cela signifiait une augmentation de 351$ par mois pour des gens qui payaient environ 700$ leur loyer complet, chauffage inclus.
Les locataires de la rue Pigeon racontent tous essentiellement la même histoire : un propriétaire pressé de faire signer son nouveau bail et qui met de la pression pour qu’on signe son bail.
Il faut souligner que M. Gagnon a finalement annulé presque tous les baux qui incluaient des augmentations de 50% au printemps 2026. Des locataires de la rue Pigeon sont d’avis que la présence régulière des journalistes d’Enquête, dans les derniers mois, aurait eu un effet dissuasif sur lui, ce qu’il a nié.
Les locataires de la rue Michel
Le stratagème s’est aussi vu ailleurs, notamment sur la rue Michel, où en 2023, des locataires reçoivent un avis d’augmentation de loyer de 74% à la suite de l’arrivée d’un nouveau propriétaire ; Pierrick Lapointe de chez Pella Immobilier.
Radio-Canada rapporte que M. Lapointe a alors engagé une firme qui avait pour mandat « d’optimiser » les dizaines de logements nouvellement acquis. Optimiser un logement signifie d’augmenter sa valeur… en augmentant les loyers.
La firme proposait alors une augmentation de 74% du loyer d’origine « tout en remboursant la plus grande partie de la différence pendant quatre ans », une pratique appelée cash for raise dans le jargon immobilier. La firme récoltait également 1000$ à chaque fois qu’un locataire acceptait l’augmentation.
Là aussi, des locataires ont rapporté s’être sentis « bousculés » et « pressés » d’accepter l’augmentation.
Lorsque mis au courant des faits, Pierrick Lapointe aurait « rapidement réagi » et décidé de mettre fin à sa relation d’affaires avec la firme. Il a qualifié de « cavalière » la façon de faire de l’organisation.
Par contre, lorsqu’on lui demande pourquoi il tenait tant à augmenter ses loyers aussi rapidement, M. Lapointe répond qu’il « n’a pas d’autre réponse à donner que pour se rapprocher d’un loyer marchand raisonnable en 2025. »
Des réactions locales
« Solidarité avec les locataires de la rue Pigeon. »
« Je fut en beau $&%$_&&>:$# tout le long de l’émission. Faut que ça s’arrête et vite. »
« DEGUEULASSE. »
« C’est carrément de l’abus ! »
Ces commentaires, recueillis sur une publication Facebook parue peu de temps après la diffusion du reportage, témoignent de plusieurs citoyens consternés de savoir que de telles pratiques avaient lieu chez eux et par des gens de chez eux.
Plusieurs ont interpellé le nouveau député d’Arthabaska-L’Érable, Tarek Henoud, pour qu’il réagisse à la situation.
monvicto.com s’est entretenu avec un courtier immobilier de la région, qui connaît très bien Victoriaville et son marché. Il a tenu à rappeler que, malgré les histoires choquantes, il « n’est pas dans la norme » d’agir de cette manière dans l’industrie.
Bien qu’il déplore la façon de faire et qu’il « n’encouragera jamais » ces pratiques, il est d’avis que Victoriaville n’a pas été chanceuse dans ce reportage, alors que ce genre d’histoires « il y en a dans toutes les villes du Québec. »
Il réitère que la très petite proportion de courtiers qui agit de la sorte n’est « vraiment pas » dans la norme.
Au moment d’écrire ces lignes, ni Cité Immobilier, ni Pella Immobilier n’avait retourné nos appels ou nos courriels.