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Québec dépose un projet de loi qui ouvre la porte à la séquestration de CO2
Le logo de Deep Sky, une entreprise de captage et de stockage du carbone, est présenté lors d'une conférence de presse, le jeudi 16 novembre 2023 à Montréal. (LA PRESSE CANADIENNE/Ryan Remiorz) Québec a déposé un projet de loi, jeudi, qui vise à encadrer, pour la première fois, la séquestration géologique du carbone au Québec.
Le ministre délégué à l’Économie et aux Petites et Moyennes entreprises, Samuel Poulin, a déposé le projet de loi 17 afin «d’encadrer la recherche et l’exploitation de réservoirs souterrains».
Le PL17 est la première étape vers la création d’un cadre législatif pour permettre la capture et la séquestration du carbone au Québec.
«Il y a des projets de capture et de séquestration du CO2 au Québec présentement, notamment dans Chaudière-Appalaches et dans le Centre-du-Québec. Ils sont prêts, mais ça prend un cadre réglementaire pour l’obtention des permis, pour la consultation citoyenne, pour la fermeture de ces sites. Alors tout ça sera encadré à l’intérieur de ce projet de loi», a indiqué le ministre Poulin, en entrevue avec La Presse Canadienne.
«Je souhaite être en commission parlementaire dans les prochaines semaines pour entendre les groupes et nous avons commencé la rédaction des règlements pour pouvoir assez rapidement démarrer les projets», a ajouté l’élu caquiste.
Si ce projet est adopté par les députés, des entreprises comme la Montréalaise Deep Sky pourront stocker du CO2 sous la surface de la Terre.
Mathieu Bouchard, vice-président chez Deep Sky, attendait «avec impatience» l’annonce du dépôt de ce projet de loi.
L’entreprise vise une «première phase d’opération» de stockage de CO2 sur son site de Thetford Mines en 2028.
«Cette annonce ouvre la porte à nos projets au Québec», a expliqué Mathieu Bouchard, en précisant que si Deep Sky a lancé son premier projet de captage et séquestration de CO2 en Alberta en 2024, «c’est parce que cette province avait déjà un cadre législatif».
Si le projet de loi 17 est adopté au printemps, «ça va donner assez de temps au gouvernement d’ici l’été pour mettre en place la réglementation. Nous, ce qu’on espère, c’est que tout soit finalisé d’ici la fin de l’année avant l’élection».
Travaux en cours à Thetford Mines et Bécancour
Deep Sky mène des études et effectue différents tests dans la région de Thetford Mines.
«On a foré un puits exploratoire à l’automne dernier et on a commencé des tests d’injection. On a injecté de l’eau, ensuite on a injecté un mélange d’eau et de CO2», a expliqué Mathieu Bouchard.
Le CO2 injecté dans le sol avait été capté par l’entreprise sherbrookoise Skyrenu.
Selon Deep Sky, c’était la première fois au Québec que du CO2 capté dans l’air ambiant était retiré de manière permanente de l’atmosphère et injecté profondément sous la surface de la Terre.
Deep Sky a également des projets à Bécancour où «la prochaine étape risque d’être un puits exploratoire», a indiqué le vice-président de l’entreprise en précisant que son équipe «est en train de figurer où serait le puits et quelles seraient les conditions».
L’objectif du projet de loi 17, selon un communiqué de presse du gouvernement, est d’encadrer «les filières énergétiques stratégiques, dont le stockage géologique de carbone ou d’air comprimé, la géothermie et l’extraction d’hydrogène géologique, qui représentent des leviers supplémentaires pour atteindre les cibles climatiques et stimuler le développement économique des régions».
Des outils pour lutter contre les changements climatiques
Dans un rapport publié il y a quelques années, l’Agence internationale de l’énergie (AIE) reconnaissait que le captage du carbone était un outil important dans la lutte contre les changements climatiques – en particulier lorsqu’il s’agit de compenser les émissions de secteurs qui n’ont pas de solutions de rechange viables.
Toutefois, le rapport met en garde contre les «attentes excessives» et la dépendance à l’égard de ce type de technologie.
Le rapport indique également que limiter l’augmentation de la température mondiale à 1,5 degré Celsius, l’objectif de l’accord de Paris, nécessiterait que 32 milliards de tonnes d’émissions soient séquestrées par le captage du carbone d’ici 2050.
«La quantité d’électricité nécessaire pour alimenter ces technologies serait supérieure à la demande mondiale d’électricité actuelle», peut-on lire dans le rapport, qui ajoute que cette quantité de carbone capturé nécessiterait également une augmentation des dépenses mondiales consacrées à la technologie, qui passeraient de 4 milliards $ en 2022 à 3500 milliards $ d’ici 2050.
En d’autres mots, le captage et la séquestration du carbone sont des outils, mais pas une panacée.