Les DPJ estiment qu’il faut renforcer le filet social pour mieux soutenir les jeunes
Lesley Hill, la Directrice nationale de la protection de la jeunesse, lors d'une conférence de presse à l'Assemblée nationale, le jeudi 31 octobre 2024. (LA PRESSE CANASDIENNE/Jacques Boissinot) Les services de protection de la jeunesse peinent à subvenir aux besoins des enfants en difficulté et lancent un cri pressant au renforcement du filet social.
Le bilan annuel des directions de protection de la jeunesse à travers le Québec, présenté jeudi matin à Québec, montre que les pressions sociales créent depuis quelques années une complexification des situations et une intensification des besoins chez les familles et, par extension, les enfants.
Le bilan porte d’ailleurs un titre évocateur qui dépasse largement le champ d’action central des DPJ: «Les enfants: toujours une priorité?».
«II faut faire quelque chose, mais ensemble comme société, a déclaré la directrice nationale de la protection de la jeunesse, Lesley Hill. Il faut trouver le moyen de tendre la main vers les autres réseaux, garderies, organismes communautaires, écoles, citoyens, parce que tout le monde a un rôle à jouer dans la protection des enfants, pour voir comment on peut faire plus convenablement comme société pour entourer ces enfants et ces familles aussi qui ont besoin de toute notre attention et de notre humanisme et de notre empathie, mais aussi de services auxquels ils ont droit.»
Densifier le filet social
La directrice de la protection de la jeunesse de la Côte-Nord, Nadia Denis, a renchéri: «C’est tous les services autour des familles, des enfants. Quand on parle des services, que ce soit de mieux outiller les parents, que ce soit d’offrir du répit. Il y a des parents dont les enfants ont de grands besoins. Ils ont besoin de répit. Que ce soit tous les programmes qui visent à diminuer les inégalités sociales.»
«Si la DPJ intervient, elle ne peut pas intervenir seule, a rappelé Mme Denis. Elle a besoin des organismes communautaires, elle a besoin de services en santé mentale, des services en toxicomanie, du comptoir alimentaire. On a besoin travailler tous ensemble. Alors, c’est le filet social qu’il faut densifier autour de ces familles-là.»
Le bilan fait état d’une fragilité mentale chez les jeunes, dont plus de la moitié présentent des signes d’anxiété sociale qui affecte leur bien-être, leur développement ainsi que leur réussite scolaire et d’un manque de services pour les aider.
Avant même de parler de leur propre intervention, ils appellent les autorités publiques à investir davantage pour soutenir les besoins de base comme l’alimentation, le logement et un revenu adéquat, à consolider les services existants, à renforcer la prévention et à mieux soutenir les milieux de vie des enfants que sont les écoles et les CPE, notamment.
Côté statistiques, le bilan 2025-2026 fait état de 144 321 signalements impliquant 107 273 enfants – représentant 6,4 % de l’ensemble des moins de 18 ans de la province – soit une hausse de 1,4 % par rapport à l’année précédente. Cependant, le nombre de signalements retenus (39 661 ou 27 % du total) était tout de même en baisse d’un peu moins de 2000 par rapport à l’année précédente. Cette baisse de signalements retenus est d’ailleurs constante depuis cinq ans.
Un peu plus de la moitié (52,1 %) des enfants pris en charge par la DPJ au cours de la dernière année sont demeurés dans leur milieu familial et près d’un sur cinq (18,3 %) ont été confiés à des proches. Les raisons de la prise en charge varient, mais la négligence (30,1 %) et le risque sérieux de négligence (17,9 %) représentant près de la moitié des dossiers. Les autres causes les plus fréquentes sont les mauvais traitements psychologiques (15 %), l’exposition à la violence conjugale (10,3 %) et les abus physiques (9,6 %).
Mélissa Desjardins, directrice de la protection de la jeunesse du Bas-Saint-Laurent, est revenue à la charge quant au manque de soutien en amont des interventions de la DPJ: «Ce bilan nous inquiète. Il y a beaucoup d’enfants et de familles qui ne vont pas bien. On doit revenir à l’essentiel, prioriser la réponse aux besoins de base pour diminuer les stresseurs et améliorer les conditions de vie de nos enfants et de nos familles. On doit consolider et renforcer les services universels, préventifs et communautaires pour agir plus tôt dans la trajectoire de vie. La protection des enfants est une responsabilité collective.»
Délinquance toujours en hausse
Quant à l’autre volet du travail de la DPJ, soit l’intervention auprès de jeunes délinquants, les données font état de 10 507 adolescents qui ont fait l’objet d’une intervention dans le cadre de la Loi sur le système de justice pénale pour les adolescents (LSJPA), ce qui représente une augmentation de 4,1 % par rapport à l’an dernier. Les DPJ se consolent du fait que cette tendance à la hausse diminue d’intensité depuis quelques années comparativement à des hausses de 7 % l’année précédente et de 15 % il y a deux ans, Cependant, peut-on lire dans le rapport, la hausse totale a été de 47,2 % au cours des cinq dernières années, alors que l’on assistait à une baisse constante au cours de la décennie précédente.
Les délits les plus fréquents sont les voies de fait (21,7 %), les manquements à un engagement, une ordonnance ou à une condition (12,5 %), le vol (9,6 %) et les menaces (9,2 %).
Mauricie-Centre-du-Québec: «Ne pas accepter l’inacceptable»
Il a été très difficile d’obtenir des réponses de la part des intervenants sur le dossier du nombre anormalement élevé d’adoptions imposées en Mauricie-Centre-du-Québec, qui a fait l’objet d’un blâme de la Commission des droits de la personne et de la jeunesse (CDPDJ). Une enquête de la CDPDJ a démontré que l’institution régionale entretenait une culture qui favorisait l’adoption sur la base de dossiers incomplets ou même d’informations sciemment fausses remises par le personnel, et ce, au mépris de la loi et des droits des parents.
«On trouve que c’est aussi grave que vous, a finalement répondu Lesley Hill à une journaliste, et on est à l’oeuvre ensemble pour non seulement assurer que des situations comme ça ne se reproduisent pas, mais pour vraiment essayer d’accélérer l’harmonisation des pratiques au Québec.»
Mme Hill a assuré qu’il y aura «des orientations nationales en adoption dès l’automne. On va aussi avoir notre cadre de référence projet de vie qui est vraiment le processus qui mène à la décision de ce qu’on fait pour chacun des enfants au niveau de son plan de vie. Mais ça aussi, ça sort à l’automne.»
Mme Hill a précisé que «l’harmonisation des pratiques» était une partie de la réponse au dérapage survenu dans cette région, l’autre partie de cette réponse étant de «ne pas accepter l’inacceptable».